ven

14

nov

2008

LETTRE A VOTRE ECRITURE

Inspirée par les hauts sommets...

- Quelle est la question que l'on pose souvent aux écrivains?

Rép: Pourquoi écrivez-vous?

 

Le nègre-biographe s'adresse donc à sa propre écriture. Il l'adore, sa belle brune aux grands yeux maquillés de khôl, aux longs ongles rouges, elle ne le quitte jamais, ne l'abandonne ni le jour ni la nuit, car même dans ses rêves, la "grande femme brune" l'accompagne...

Ma chère espionne,

Un chien, non plutôt un renard a traversé la piste sablonneuse. Ces traces se perdent dans l’herbe où s’essouffle le chemin. Déjà, ton regard inquisiteur questionne la suite de cette lettre. Où veut-elle en venir, la mère Morel, avec son histoire de traces ? Tu piges que dale, toi l’écriture ? Même si je googolise ou que j’utilise le bloguien plus souvent que mon vieux stylo, je ne t’ai pas abandonnée, bien au contraire ! Les méga octets de mes mails sont dix mille fois plus rapides à écrire et à envoyer que cette lettre papier/crayon, mais ça le fait, j’y vais

Pourquoi donc, munie de ton attirail des mots, de signes et de phrases, viens-tu toujours guider ma main ?

Pourquoi t’obstines-tu à vouloir marquer le chemin que suivent mes idées, mes sentiments, mes pensées, mon imagination même ?

Je te croyais divertissement honorable, aire de repos où toi seule, jamais ne me cOntRrrreDis, et te voici devenue drogue quotidienne. Plusieurs fois par jour, je me shoooote pour mieux défoncer les idées reçues, et toi, subtile, innocente, mine de rien, tu te piques de débusquer mes secrets enfouis. Cokée de toi, vieille garce à l’accent aigu ou grave, selon les fois, jamais le même voix, voilà ! Tenace et implacable, ne lâches ta proie qu’après avoir pressé la moindre goutte de sang.

Exsangue entre tes griffes, ne vois plus le temps passer. Recherche avidement l’emprise que ma tortionnaire exerce, la quête, l’appelle de tous mes vœux, la prie en silence, la prie en forêt, la prie en marchant, la prie en dormant.

Jouir sans toi n’est plus jouir.

Sans toi, les souvenirs fondent au temps qui passe.

Pleurer sans toi sèche bien vite les larmes.

Sans toi, les mails ne partent plus.

Grève des postiers. Des libraires. Des bureaux, des encriers et des claviers. Grève que ne mouille plus aucune mer d’encre.

Trace de l’insaisissable, tu ôtes les voiles, dénudes le vif, enflammes jusqu’aux cendres de nos vies.

Ma chère espionne, comment as-tu pu résister à tous les procès ? Procès d’intention, procès de harcèlement, procès d’affabulation, procès d’intrusion et de détournement de fonds. Vaines questions, car tu présides tous les procès, tu règnes sur les comptes-rendus, les minutes, la sentence, le jugement lui-même. Le greffier note et compulse, sans fin.  J’ai assisté à quelques procès où tu étais mise en accusation, par des victimes bien consentantes semblait-il… On y a même parlé de syndrome de Stockholm !

Tu règnes toujours sur nos sociétés postmodernes, même à l’ère du virtuel, tu demeures mythique, magique, hallu, grave de chez grave, et ton egotrip n’a plus aucune limite ! ! ! Tu accompagnes jusqu’aux condoléances feintes ou émues. La trace, ça oui, tu traces grave.

Ma croupionne, mon Ange noir, ma souris verte, mon petit quatre heures, mon double ego, mon GPS d’amour, mon best of d’ici et d’ailleurs, je t’écris aujourd’hui samedi (ça me dit bien), 14 /11 / 2008, pour m’assurer de ta présence là, à 15h03, 15h05, 16h36, là, avec ou sans moi, avec ou sans nous.

Ton fidèle Nègre Bio

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