mer
17
mar
2010
Mon cher petit cancer
Dans un tête-à-tête, lui et moi, nous nous parlons:
Tu ne voudrais pas gêner ce cancer.
Pas lutter contre la prolifération des cellules cancéreuses.
Tu lui as donné asile. Il a eu loisir de se déployer en toi, accueilli en ton sein. Tu lui présentes tes excuses. « Il va bien falloir que tu partes… je ne peux pas te garder chez moi. Le droit d’asile, tu sais, les autorisations, on considère que toi et tous les tiens êtes des clandestins… »
Cette année-là, tu écris un roman. Assez des essais. Du romanesque ! Des personnages qui s’animent, vivent et meurent. Une mère qui passerait une mammographie. Lizzie, l’héroïne du roman, annoncerait à son mari qu’elle a passé une mammographie. Lui, l’archéologue, serait plongé dans son journal. Il murmurerait un son à peine audible, mmh, ou quelque chose de ce genre. Elle : « Ah ! tu ne t’en souviens plus ? Aucune importance, parce que je n’avais rien, mais regarde la lettre que je reçois aujourd’hui… ». Le roman continuerait avec le parcours du combattant : « Faire des examens complémentaires, biopsie du sein, diagnostic définitif, opération, prélèvement et analyse du ganglion sentinelle ». Fiction toujours.
Tu écrivais tranquille, en juillet. Tu te demandais à quel endroit du roman intégrer cette scène du cancer, les réactions du fils de dix ans, du mari. Du romanesque proche de ce que tant de familles connaissent.
Trois mois plus tard, tu reçois la fameuse enveloppe à entête rose et bleue, ADMY, Association de Dépistage de Masse organisé des cancers dans les Yvelines. Tu repenses à ton roman et à Lizzie. Tu souris. Dix jours plus tard, tu prends rendez-vous pour une mammographie. Tout près de chez toi. Ton mari est soulagé. « Enfin, tu te décides ! Tu n’as rien ou tu sens quelque chose ? » Il n’en revient pas, il soupçonne une cachotterie de femme. Non, même pas ! Rien de ce genre. D’ailleurs tu es en forme, et il le sait.
Cette année-là, Guadeloupe et Martinique font entendre la voix du sang. L’économie mondiale s’enfonce. On annonce une pandémie de grippeA (H1N1), mais les Français boudent toute vaccination. Cette année-là, Barak Obama est Nobel de la paix, tandis que General Motors s'achemine vers la faillite. Les croisières de luxe offrent tout (ou presque) gratos. Berlusconi perd son immunité. La Chine poursuit une croissance tous azimuts. Cette année-là, on célèbre les 20 ans de la chute du Mur de Berlin (Tour de Babel ?). Yann Arthus-Bertrand sonne l’alarme. Copenhague-fiasco : le climat on s’en fout ! Cette année-là, Année Mondiale de l’Astronomie (merci Galilée). Suzan Boyle, étoile musicale surprise. C'était hier, mais aujourd'hui rien n'a changé. C’était l’année deux mille neuf.
Tu savais.
N.B. Du romanesque dans sa vie! Résultat, j'ôte ce passage de la mammo de mon roman. Ce ne serait plus un roman!

